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Couple à distance : ce que valent vraiment les sextoys connectés

 

Une mission de six mois, un internat, une expatriation, un décalage de sept heures. Les couples qui vivent séparés une partie de l'année ne manquent pas, et le marché leur répond depuis quelques années avec des objets pilotables à distance. Certains tiennent leurs promesses, d'autres beaucoup moins, et presque tous posent une question dont personne ne parle : ce que devient la trace de vos usages.

Télécommandé et connecté, ce n'est pas la même chose

Trois technologies très différentes se cachent derrière le même rayon, et le choix commence là.

La télécommande radio

Un petit boîtier pilote l'objet à quelques mètres. Aucune application, aucun compte, aucune donnée qui sort de la pièce. C'est la solution la plus simple et la plus robuste pour un usage à deux dans la même pièce. Les modèles télécommandés restent, pour cet usage, le meilleur rapport tranquillité sur complexité.

Le Bluetooth

Le téléphone remplace la télécommande, via une application. La portée reste celle du Bluetooth, soit la même pièce ou l'appartement. L'intérêt : des réglages plus fins, des motifs personnalisés. La contrepartie : il faut installer une application, et souvent créer un compte.

Le pilotage par internet

C'est le seul mode réellement à distance. L'application de la personne qui pilote envoie ses commandes aux serveurs du fabricant, qui les relaient au téléphone de l'autre, lequel les transmet à l'objet en Bluetooth. Autrement dit, il y a toujours un intermédiaire, et c'est de là que découle tout le reste.

Ce qui fonctionne vraiment à distance

La latence

Entre l'appui et la réaction, il s'écoule un délai qui dépend des deux connexions et des serveurs traversés. En pratique, cela va d'une fraction de seconde à plusieurs secondes, et cela varie pendant la séance. On ne pilote pas au millième : les usages qui reposent sur une synchronisation fine sont ceux qui déçoivent.

Le vrai sujet n'est pas technique

Ce qui fait la différence, c'est l'organisation, et la conversation qui la précède : proposer un objet à son partenaire se prépare autant que la séance elle-même. Convenir d'un créneau plutôt que d'improviser, tenir compte du décalage horaire, ajouter un appel pour la voix, et se mettre d'accord à l'avance sur ce qui se passe si l'un des deux veut arrêter. Un objet ne remplace pas cette conversation, il en dépend.

Les trois modes en un coup d'oeil

ModePortéeApplicationCompte à créerCe qui circule
Télécommande radioQuelques mètresNonNonRien ne sort de la pièce
BluetoothMême pièce ou logementOuiSouventSelon l'application, parfois des statistiques d'usage
InternetIllimitéeOuiOuiCommandes, horaires, durées, et ce que prévoit la politique de confidentialité

Ce que l'application peut savoir de vous

Les données concernées

Selon les fabricants et les réglages, une application de ce type peut enregistrer l'identifiant du compte et l'adresse électronique, le modèle de l'objet, les dates, heures et durées d'utilisation, les niveaux d'intensité, les motifs enregistrés, l'adresse IP, et les échanges avec le partenaire lorsque l'application intègre une messagerie.

Rien de tout cela n'est illégitime en soi, et une partie est nécessaire au fonctionnement. Le problème commence quand ces informations sont conservées plus longtemps que nécessaire, associées à une identité, ou hébergées hors de l'Union européenne sans que personne ne vous l'ait dit.

Les cinq questions à poser avant d'installer

  • L'objet fonctionne-t-il sans compte, au moins en local ?
  • Qui est le responsable du traitement, et où sont hébergées les données ?
  • Combien de temps sont-elles conservées, et existe-t-il un moyen simple de tout effacer ?
  • L'application demande-t-elle des autorisations sans rapport avec sa fonction, comme les contacts ou la localisation ?
  • Pendant combien de temps le fabricant s'engage-t-il à fournir des mises à jour ?

Réduire la surface d'exposition

  • Créer le compte avec une adresse électronique dédiée et un pseudonyme.
  • Ne mettre ni photo ni nom réel dans le profil.
  • Refuser les autorisations facultatives, à commencer par la localisation.
  • Couper le Bluetooth du téléphone hors des moments d'usage.
  • Supprimer le compte, et pas seulement l'application, le jour où vous arrêtez.

Ce que le RGPD vous donne comme leviers

Les informations relatives à la vie sexuelle relèvent de l'article 9 du règlement général sur la protection des données, qui les range parmi les catégories particulières de données et leur applique un régime renforcé. Concrètement, vous disposez d'un droit d'accès à ce qui est enregistré, d'un droit d'effacement, d'un droit d'opposition, et le fabricant doit vous informer clairement de ce qu'il collecte et pourquoi. Si une demande reste sans réponse, une réclamation auprès de l'autorité de protection des données de votre pays est possible, et gratuite.

Choisir à deux, pas seul

Un point d'usage qui évite bien des malentendus : l'objet appartient à la personne qui le porte. C'est elle qui décide de la matière, de la taille et du confort, et elle doit pouvoir couper à tout moment, physiquement, sans passer par l'application de l'autre. Vérifiez avant l'achat qu'un bouton sur l'objet permet l'arrêt immédiat, et convenez d'un mot qui met fin à la séance sans discussion.

Pour un usage partagé dans la même pièce, un anneau vibrant ou un oeuf à télécommande rendent souvent plus de services qu'un modèle connecté. La distance est le seul cas où le pilotage par internet se justifie vraiment, et c'est aussi le seul où l'on accepte ses contreparties.

Ce qu'il faut retenir

  • Télécommandé, Bluetooth et connecté ne répondent pas au même besoin.
  • Le pilotage par internet passe toujours par les serveurs d'un fabricant.
  • La latence interdit les usages qui exigent une synchronisation fine.
  • Les données de vie sexuelle sont des données sensibles, avec des droits associés.
  • Un bouton d'arrêt sur l'objet vaut mieux qu'une promesse dans une application.

Questions fréquentes

Faut-il forcément une application ?

Non. Pour un usage dans la même pièce, une télécommande radio suffit et ne demande ni compte ni installation. L'application ne devient nécessaire que pour piloter depuis un autre lieu.

Cela fonctionne-t-il entre deux pays ?

Oui, dès lors que les deux téléphones ont une connexion correcte. La distance ne change rien, seule la qualité des réseaux compte, et le décalage horaire relève de l'organisation, pas de la technique.

Que se passe-t-il si la connexion coupe ?

Selon les modèles, l'objet conserve son dernier réglage ou s'arrête au bout d'un délai. C'est précisément pour cela qu'il faut vérifier, avant l'achat, qu'un bouton physique permet l'arrêt immédiat sans passer par le téléphone.

Peut-on l'utiliser sans créer de compte ?

Certains modèles proposent un mode local qui fonctionne sans compte, en Bluetooth uniquement. C'est une bonne question à poser avant d'acheter, car la réponse figure rarement sur l'emballage.

Le fabricant peut-il voir quand je m'en sers ?

Un usage piloté par internet passe par ses serveurs, donc techniquement, des horaires et des durées peuvent être enregistrés. Ce qui est réellement conservé, et pour combien de temps, doit figurer dans la politique de confidentialité. Si ce document reste vague sur ce point, considérez que la réponse est oui.

 
Publié dans: Vie de couple

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